militaria 1M. Charbonnier, tel un tintin reporter, vous êtes la personne de votre magazine que l’on voit le plus souvent sur les terrains de reconstitution. Alors que vous savez tout de nos associations et activités, en revanche nous sommes nombreux  à être dans l’ignorance quand à votre personne ; pourriez vous retracer en quelques phrases votre parcours dans le milieu du loisir historique (et/ou de la presse spécialisée) ?

Il est vrai que j’ai maintenant plus de temps à consacrer le week-end à couvrir les événements de reconstitution, et c’est un plaisir d’aller à la rencontre des passionnés.

Quant à moi, j’ai eu la chance de trouver un travail dans le domaine de ma passion, l’histoire militaire et l’uniformologie. Dans les années 1990, après de nombreuses années de collection pure, j’ai pu m’investir également dans l’histoire vivante  (groupe 29e DIUS). Je n’ai plus l’âge de la pratiquer sérieusement, mais je continue à la promouvoir dans les pages de Militaria.

De même, pour les plus jeunes d’entre nous, pouvez-vous retracer brièvement l’histoire de  « arme-militaria » / « militaria magazine » ?

Militaria Magazine a été le premier titre publié par le groupe Histoire et Collections dès 1984 et il a été suivi de nombreux autres. Ses créateurs, collectionneurs avant tout, se connaissaient depuis longtemps et ont saisi l’opportunité qui s’offrait de fournir une doc sérieuse sur l’uniforme XXe siècle, alors que la collection prenait dans ce domaine un essor marqué.

Depuis 2011, sous l’intitulé du magazine dont vous êtes le rédacteur en chef, on trouve la mention « la référence de la collection et de l’histoire vivante » et il semble que vous accordiez une place de plus en plus grande aux loisirs historiques (reconstitution, animations, expositions). De fait « Militaria magazine » est le trait d’union indispensable entre les acteurs du milieu, il donne le pouls des activités et des associations. Est-ce que la passion pour l’histoire militaire vous semble avoir évolué dans le traitement qui en est fait aujourd’hui par les associations. Comment se positionne « Militaria magazine » vis-à-vis de ces évolutions?

Militaria Magazine évolue dans un domaine excessivement concurrentiel, l’offre de publications d’histoire militaire devenant pléthorique. Il est donc impératif de conserver notre noyau dur de lecteurs, les collectionneurs, sans passer à côté du nouveau loisir qu’est la reconstitution. Une fois encore, je rappelle que Militaria et Histoire & Collections ont été, dès les Festivals Militaires de Mourmelon dans les années 90, les « accoucheurs » de l’histoire vivante XXe siècle dans notre pays, de 1914 jusqu’à la guerre du Vietnam. Nous demeurons donc la référence de la collection et l’histoire vivante.

Quant au second volet de votre question, nous sommes en effet bien placés pour sentir le pouls de la reconstitition XXe siècle, en France et en Europe. La passion pour l’histoire anime toujours les associations et, grâce à l’abondance de documentation et la qualité des reproductions, on constate généralement une amélioration de la qualité de leurs évocations.

Nombre de responsables associatifs ont eu à rencontrer les pouvoirs publics (DGA/Mairie, préfecture et aussi parfois la DCRI). Avez-vous des eu vous aussi des contacts de cette nature, quelles conclusions en avez-vous tirées ?

Comme tous les citoyens qui pratiquent des loisirs qui sortent de l’ordinaire, les collectionneurs et reconstitueurs sont parfois sous la lorgnette des pouvoirs publics dans le cadre de leurs missions de sécurité.

Quant à Militaria Magazine, à part les petites annonces (du temps où elles se comptaient par centaines) qui étaient épluchées par les cellules gendarmerie et police chargées du trafic d’armes ou des vols de collections, nous n’avons pas eu de contacts particuliers.

Il y a aujourd’hui une offre pléthorique de journaux, mensuels, magazines qui traitent de l’histoire militaire (y compris dans votre groupe de presse), et sachant aussi que la presse en France vit une période difficile, comment se porte « Militaria magazine » ? On voit que vous êtes au top de la modernité avec les nouvelles formules d’abonnement pour smartphones et tablettes, avez-vous aussi des idées d’évolution dans le contenu ?

Malheureusement, votre résumé reflète la réalité du marché actuel. Militaria Magazine et les revues du groupe Histoire & Collection tiennent le choc et font le maximum pour continuer à répondre à l’attente de leurs lecteurs. Une seule conclusion s’impose : le budget du collectionneur/reconstitueur doit être consacré en partie à la « doc » car, malheureusement, on ne peut toujours se fier à l’info gratuite qui pullule sur internet, distillée souvent par de pseudo-spécialistes anonymes…

Les formules d’abonnement « digital » connaissent un certain succès pour nos abonnés de province et de l’étranger, c’est une fois encore une formule que nous nous devions d’offrir à nos lecteurs les plus en pointe technologiquement.

Votre groupe de presse a lancé il y a peu « vivre l’histoire » qui s’adresse plus spécifiquement aux reconstitueurs, pourquoi ne pas y avoir intégré la reconstitution 1ère et 2ème  guerre mondiale ? Les guerres modernes sont elles un monde à part dans la reconstitution ?

La création de Vivre l’Histoire a pu en effet susciter quelles interrogations quant à son positionnement. C’est pourtant simple, Militaria Mag étant pionnier dans l’histoire vivante XXe siècle, il n’était pas possible de transferer arbitrairement ce contenu à la nouvelle revue. Vivre l’Histoire traite donc de toutes les périodes antérieures à 1914 pour le civil et le militaire, et des sujets civils postérieurs à 1914, ce qui est déjà largement suffisant !

Depuis plusieurs années, vous avez lancé « l’annuaire des groupes de reconstitution » qui comprend aussi la présentation des grands événements marquants l’année, cette entreprise très positive permet une structuration de notre milieu. Comment est ressentie cette démarche, est elle beaucoup suivie par les associations ? Y a-at-il un problème de structuration de l’activité de l’histoire vivante ? Avez-vous eu connaissance de la « Fédé Gn » qui rassemble passionnés de jeux grandeur nature, paintballeur, et airsofteur ? Pourquoi n’y t-il pas un « war and peace show » en France ?

L’annuaire des groupes 2015 est un outil que seul le groupe Histoire & Collections peut offrir aux passionnés, en raison de ses capacités et de son implication dans le milieu. L’édition 2015 est en cours de réalisation, elle comptera environ 150 groupes français et européens !

Cela témoigne de son succès et du fait qu’il est devenu incontournable d’y figurer. Il contribue, comme vous le soulignez à structurer le milieu, puisqu’il facilite les relations entre groupes. Leur coopération est par ailleurs devenue indispensable pour organiser des manifestations d’envergure et répondre sérieusement aux sollicitations des municipalités.

Quant à la Fédé GN, elle se distingue par un aspect ludique, qui n’est pas toujours une des facettes des activités des groupes d’histoire vivante. Il y a parfois un recoupement entre histoire vivante, GN, paintball et airsoft, mais il demeure limité à mon sens.

Pourquoi n’y a t-il pas encore de « War and Peace show » en France  ? Excellente question, car il semble que « nos » groupes en soient tout à fait capables, ce ne sont ni les passionnés ni le matériel restauré qui manquent ! Les Festivals Militaires de Mourmelon demeurent ce qui s’en rapproche le plus, bien que multi-époques, mais c’était il y a trente ans… Mentionnons cependant les Heures Historiques de Sully sur Loire, et l’ambitieux Saumur en Uniformes, et gageons que ce type de manifestations ne tardera pas se développer chez nous.

Nous arrivons bientôt à la fin de l’année et le nouvel annuaire doit être dans les cartons, vous qui avez une vision d’ensemble, quel bilan tireriez vous de cette année « anniversaire » de 2014 sur le monde de l’histoire vivante 39/45 ?

2014 aura été un paroxysme d’exposition médiatique de l’histoire vivante, avec le meilleur comme le pire, depuis la Normandie 1944 jusqu’aux Tuileries 1914-18. Comme toujours, nous avons pu constater que les meilleures organisations attirent les meilleurs groupes, qui n’ont pas chômé lors des commémorations. Par ailleurs, de nombreux groupes 2GM se tournent maintenant vers 14-18, afin de préparer comme il se doit les célébrations des quatre prochaines années. Un vaste programme s’annonce !

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le traitement des sujets évoqués dans « Militaria-magazine » et plus spécifiquement dans ceux qui traitent de la reconstitution ?

Les articles Histoire vivante ne provoquent aucune difficulté particulière, au contraire. Je suis toujours bien accueilli et j’adore quitter Paris pour aller à la rencontre de mes nombreux amis en Province. Par contre, on ne peut nier que ces articles suscitent parfois l’incompréhension chez les collectionneurs traditionnels.

Un point très sensible – que les Lufteaux ont parfaitement et sagement intégré – était la reconstitution allemande 2GM dans notre pays. J’étais personnellement opposé à sa réprésentation dans les pages associatives de Militaria, mais le consensus dans le milieu à ce sujet, et la rencontre avec plusieurs groupes «  allemands » ces dernières années m’ont rassuré sur leurs intentions.

Comment décriez-vous le lecteur « type » de votre magazine ?

Il n’y a pas de lecteur-type, heureusement. L’intérêt de notre milieu, comme dans tout domaine de collection, est sa variété et l’enrichissement humain qu’il entraîne. Militaria est donc lu par des passionnés de tous âges et de toutes CSP, bien que nous souhaitions bien entendu un rajeunissement du lectorat.

Avec internet, les frontières de notre loisir s’étendent de plus en plus, des camarades étrangers participent souvent aux évènements, de nombreux groupes français aussi aussi se déplacent , avez-vous des lecteurs à l’étranger ? existe-t-il des magazines équivalents à Militaria Mag dans les  pays limitrophes ?

Militaria a toujours eu des lecteurs à l’étranger, y compris non-francophones, parce qu’il a été un des premiers aussi abondemment illustré en couleurs. Il existe quelques publications similaires à l’étranger, mais ce sont revues purement Histoire vivante (et toutes époques). Peu de revues documentaires sur l’uniforme ont tenu le coup, car le public anglo-saxon – en particulier – n’est pas habitué à des revues de qualité, certes un peu plus coûteuses.

Merci de votre intérêt pour Militaria Mag, j’espère avoir répondu clairement à vos questions !

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