Historique du 62ème Régiment d’infanterie
Le 62e R.I a été formé à Lorient le 15 septembre 1939. Il est passé par Mihiel, puis s’est dirigé vers la frontière luxembourgeoise. En décembre 1939, il est sur le Stronverg, le 28 décembre, il est à Bouzanville. En mars 1940, il est à Saint-Jean de Montmeillant et dans la réguion de Rethel; en avril, il se prepare à la manoeuvre de Belgique par Givet. Le 12 mai 1940, il se porte sur la Meuse. Le 18 mai, le drapeau est capturé par les allemands, le régiment est dissous le 23 mai 1940 par le Bureau Liquidateur de Clermont-Ferrand.
Le 62e RI de Lorient est formé avec une partie des cadres du 137e RI de Quimper. Son commandant, le lieutenant-colonel LE BARILLEC est ainsi l’ancien chef du IIIe bataillon du 137e. Le 62e fait partie de la 22e division d’infanterie du général Joseph HASSLER (1881-1966). La division n’est pas une unité d’active composée de professionnels mais, parmi les divisions de réserve elle est classée A, c’est-à-dire de la meilleure qualité avec un fort noyau d’active et un équipement comparable aux divisions d’active. Le 19ème régiment d’infanterie de Brest et le 116ème de Vannes font aussi partie de la division qui est intégrée au XIème corps d’armées du général Julien MARTIN (1881-1973) rattaché lui-même à la IXème armée du général André CORAP (1878-1953). Le 62e RI est mis sur pied entre le 23 août et le 8 septembre 1939. Du 8 au 16 septembre, il est transporté par trains vers Saint-Mihiel dans le département de la Meuse en Lorraine, puis est dirigé vers la frontière luxembourgeoise. En décembre 1939 il est sur le Stromberg à Sierck en Moselle, au pays des trois frontières où la boucle de la Moselle réunit à cet endroit la France, l’Allemagne et le Luxembourg. Le 28 décembre 1939, il est à Bouzanville en Meurthe et Moselle. En mars 1940, il est à Saint-Jean de Montmeillant et dans la région de Rethel dans les Ardennes. En avril, il se prépare à la manœuvre de Belgique par Givet, c’est-à-dire qu’il fait partie des troupes qui doivent défendre la Meuse, frontière naturelle avec la Belgique.
Le 10 mai 1940, les Allemands attaquent à l’ouest en envahissant le Luxembourg, la Hollande et la Belgique. Le régiment ne dispose alors que de 60% de ses effectifs, soit moins de 2000 hommes, le reste étant pour la plupart en permission. A 7h02, le PC du régiment reçoit l’ordre d’alerte lui enjoignant d’exécuter la manœuvre de Belgique à laquelle il s’était entraîné en avril. La troupe se met en mouvement à pieds, sous les attaques de l’aviation ennemie à partir du 11. Le dimanche 12 mai, jour de pentecôte, par un soleil radieux, le gros de la 22ème division, se porte comme prévu sur la Meuse, tenant le front entre Hastières et le sud de la boucle de Chooz. Le sud du dispositif est affecté au régiment, entre Ham et Vireux. Exténué après cette marche, le 62e atteint ses emplacements à 3h dans la nuit du 12 au 13. Le PC est à Vaucelles. Le 116e RI est au nord et le 265e RI de la 61e DI au sud. Le 2ème bataillon du Commandant DARDANT occupe le quartier nord avec son PC à Hierges. La 7ème compagnie fait la liaison avec le 116ème. Les ponts de Ham et Vireux sont détruits à 16h. Le 13 les bombardements aériens s’intensifient. Les premiers contacts avec l’ennemi qui a atteint les rives du fleuve ont lieu dès la fin de journée du 13. Le régiment reçoit alors dans la soirée un ordre de repli sur la ligne Vierves-Matignolles. L’ennemi franchit la Meuse très tôt dans la matinée du 14. Toute la division, qui est enfoncée par la 32ème division d’infanterie allemande, doit refluer, le 2e bataillon vers Mazée à partir de 3h le 15. Le régiment subit des pertes. Ainsi le capitaine Yves QUEIGNEC, commandant de la 7e compagnie, instituteur à Scaër, meurt au champ d’honneur, en Belgique le 14 mai en fin de journée (le 13 d’après l’inscription sur sa tombe ?) à l’âge de 39 ans. Il est enterré à Quimper, au cimetière Saint-Joseph. A 7h30 le 15, les Allemands apparaissent dans la région de Matignolles où le combat s’engage avec les unités du 2ème bataillon qui, vers 8h30, sont menacées d’encerclement. Elles Refluent et sont disloquées par des attaques de blindés lorsqu’elles arrivent à Olloy vers 11h30. Le capitaine COLLIN, commandant le bataillon est blessé et fait prisonnier. Dans ce chaos, tout ce qui reste de la division doit se diriger vers la forêt de Saint-Michel.
Ce même jour, face au désastre, le général CORAP est remplacé par le général GIRAUD à la tête de la IXe armée. Mais c’est déjà trop tard, les allemands exploitent leur percée qui les conduira jusqu’à la mer et à Dunkerque. Leurs troupes qui ont franchi la Meuse à Sedan le 13 arrivent maintenant de l’est et la 8ème « panzer division » entre dans Hirson le 16. Le 16 à 8h30, seuls environ 500 hommes de la 22e DI sont rassemblés à Saint-Michel, les 19e RI et 62e RI étant les plus représentés. 6 chars R35 du 32e bataillon de chars de combat renforcent le dispositif qui s’appuie sur les blockhaus souvent inachevés dans la forêt.
Vers 14h, le général BEZIERS DE LAFOSSE (1880-1964), commandant de l’infanterie divisionnaire et le colonel commandant le 18ème régiment d’artillerie de la 22e DI quittent le PC de Saint-Michel pour rejoindre celui du 62e.
Le 17, en matinée une percée est envisagée vers Mondrepuis. Elle n’aura pas lieu.
Vers 15h, l’ennemi progresse de Saint-Michel vers le nord et arrive au contact de la ligne d’arrêt. De nombreux soldats sont tués, en particulier au carrefour de l’étoile où a été érigé un monument commémoratif portant les noms de 24 militaires dont 3 du 62e, Sergent Mathurin GUEHENNEC, soldat Henri MANCEAU, Sergent Jacques SALAMA. Les combats se calment à l’arrivée de la nuit.
Le samedi 18 mai, l’attaque reprend dès l’aube et, peu, à peu, le dernier réduit constitué par le PC du 62ème est entouré de toutes parts et va cesser le combat.
Selon le rapport du Colonel LE BARILLEC, après des combats autour du Poste de commandement du 62e, le général Beziers de Lafosse (1880-1964), commandant de l’infanterie de la division, « déclare, pour éviter le massacre, qu’il vaut mieux se rendre. C’est fini du 62e RI, il est environ 11h30. A l’attitude de l’ennemi, le colonel se rend compte que tous les autres points d’appui ont déjà été réduits. La troupe à laquelle ils ont eu affaire avait fait la Pologne. Le bataillon allemand, commandé par le Capitaine Bauer (l’homme de l’Himalaya) était composé d’hommes de 20 à 22 ans. Après nous avoir offert à déjeuner à leur division, les officiers de cette unité prirent congés de nous en ces termes: « Bonne chance, nous avons eu affaire à de braves combattants ». »
Le Capitaine Paul BAUER, alpiniste qui s’est distingué avant guerre par ses expéditions dans l’Himalaya, appartenait au IIIème bataillon du 99e régiment de chasseurs de montagne (III./GJR.99) de la 1ère division de montagne, « 1. gebirgs-division » commandée par le général Ludwig KUBLER.
La division traverse la Meuse le 15 mai, à Revin et Fumay à une vingtaine de kilomètres à l’est d’Hirson. Le 18 mai elle attaque la ligne de blockhaus à Saint Michel. 4 chars (6 avaient été mis à disposition du 62e RI), 4 voitures, 30 chevaux, un général (probablement le général Beziers de Lafosse), 19 officiers dont 4 colonels et 161 hommes sont capturés par le bataillon du Capitaine Bauer qui reçoit l’agrafe à la croix de fer de Ière classe.
Le Lieutenant Munske, des sous-officiers et soldats de la 13e compagnie reçoivent la croix de fer de 2ème classe. Ce récit correspond à celui fait du côté français de la fin du 62e RI. Pour les Français, la bataille est terminée. C’est alors le départ pour la captivité. Les prisonniers sont d’abord rassemblés dans une école à Saint-Michel, puis à Hirson bombardée par l’aviation alliée (anglaise ?) dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20.
